La paire euro-dollar affiche une dynamique baissière et se dirige vers la base de la zone des 1,18. Les vendeurs de l’EUR/USD sont parvenus à enfoncer le support des 1,1830 (la ligne médiane de l’indicateur Bandes de Bollinger sur le graphique quotidien) dans un contexte de statistiques ZEW décevantes, de renforcement de l’aversion au risque et de commentaires « modérément hawkish » du président de la Fed de Chicago, Austan Goolsbee. L’ensemble de ces facteurs fondamentaux exerce une pression sur la paire EUR/USD, permettant aux vendeurs de s’approcher des limites de la zone des 1,17.

Selon les données publiées mardi, l’indice de climat des affaires de l’institut ZEW en Allemagne a, contre toute attente, reculé à 58,3 en février. La plupart des analystes s’attendaient à ce que cet indicateur affiche à nouveau une dynamique positive et atteigne un nouveau sommet annuel à 65,0.
En ce qui concerne la conjoncture actuelle, l’indice de la situation courante est également resté en zone rouge, où il évolue négativement depuis plusieurs années. Contrairement aux prévisions qui tablaient sur une « hausse » à -65,7 (après -72,7 précédemment), il s’est établi à -65,9.
L’indice agrégé du sentiment ZEW pour la zone euro avait affiché une dynamique positive pendant les trois mois précédents ; toutefois, en février, il est tombé à 39,4 (contre 40,8 en janvier), à rebours des anticipations d’une progression à 45,2 (ce qui aurait représenté un plus haut de plusieurs années).
Que nous indique ce rapport ? Avant tout, il montre que l’économie allemande, moteur de l’économie européenne, ne suit pas une trajectoire de croissance claire et assurée. La reprise reste fragile et inégale. Par exemple, le solde des anticipations s’est nettement amélioré dans des secteurs comme la chimie, la sidérurgie et la construction de machines, tandis que le sentiment global s’est dégradé dans les secteurs bancaire, IT et de l’assurance.
Dans l’ensemble, les indices ZEW publiés indiquent que le sentiment de marché s’est « refroidi » : les entreprises allemandes doutent d’un redressement économique durable (c’est le mot clé) au cours des 6 à 12 prochains mois. En outre, la baisse du même indice au niveau de la zone euro laisse penser que cette détérioration du climat ne se limite pas à l’Allemagne – il s’agit d’un signal macroéconomique négatif plus large.
Des données sur l’inflation allemande ont également exercé une pression supplémentaire sur l’euro. Selon les chiffres définitifs, l’indice des prix à la consommation harmonisé est resté en territoire négatif en janvier (-0,1 %), alimentant les spéculations selon lesquelles la Banque centrale européenne pourrait abaisser ses taux d’intérêt cette année (au vu du ralentissement de l’IPC de la zone euro, tant global que sous-jacent).
Le dollar, pour sa part, est davantage recherché aujourd’hui dans un contexte de montée de l’aversion au risque. L’attention se concentre sur les négociations de Genève entre les représentants américains et iraniens. Le deuxième cycle de discussions s’est tenu mardi, avec des résultats plutôt contradictoires.
Officiellement, l’Iran a annoncé des progrès dans les négociations. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi s’est contenté de formules générales (« l’atmosphère a été plus constructive lors de ce cycle »), tandis que des sources du Wall Street Journal ont livré quelques détails du dialogue. Selon elles, les représentants iraniens auraient accepté de suspendre temporairement l’enrichissement d’uranium pendant trois ans et de transférer une partie des stocks déjà enrichis hors du pays.
D’un côté, il s’agit effectivement d’un progrès, permettant aux deux parties d’avancer dans les discussions sur l’accord nucléaire. De l’autre, on ignore encore si cette suspension temporaire de l’enrichissement d’uranium satisfera la Maison-Blanche et le président Trump, qui ont à plusieurs reprises exigé un arrêt complet du programme nucléaire iranien. De plus, Washington avait déjà demandé à Téhéran de revoir non seulement son programme nucléaire, mais aussi son programme balistique. Or, ni les représentants iraniens ni les sources du Wall Street Journal n’ont évoqué le sort de ce dernier. On ne sait pas s’il a été abordé lors des négociations ou s’il est resté en dehors des discussions.
Tout cela montre que le deuxième cycle des négociations de Genève s’est soldé par un accord pour « poursuivre les discussions ». Des résultats aussi incertains ont été interprétés négativement pour les actifs risqués mais favorablement pour le dollar, valeur refuge. C’est d’autant plus vrai sur fond d’informations indiquant que les forces armées américaines continuent d’accroître la concentration de leurs moyens aériens et navals au Moyen-Orient. L’Iran a, de son côté, annoncé la fermeture partielle du détroit d’Ormuz, officiellement pour des manœuvres navales. Comme on le sait, ce détroit est le seul passage pour les pétroliers transportant le pétrole en provenance du Moyen-Orient. Environ 20 millions de barils d’« or noir » y transitent chaque jour, soit près d’un cinquième de la production pétrolière mondiale.
Les déclarations du président de la Fed de Chicago, Austan Goolsbee, ont également contribué au renforcement du dollar, puisqu’il a adopté un ton modérément « hawkish ». D’un côté, il a reconnu la possibilité d’un nouvel assouplissement de la politique monétaire cette année, mais il s’est aussi dit préoccupé par la dynamique de l’inflation, affirmant que l’inflation dans les services « n’a toujours pas été maîtrisée ». Il a expliqué la baisse de l’inflation globale en janvier par des effets de base. Ce ton inhabituellement ferme de la part de Goolsbee a soutenu le dollar.
Ainsi, le contexte fondamental en place pour la paire EUR/USD plaide en faveur d’une poursuite de la baisse des cours ; toutefois, le potentiel de repli est limité par le niveau de 1,1770 (borne inférieure de l’indicateur Bollinger Bands en unité de temps D1). Dans cette zone de prix, il serait judicieux de prendre ses bénéfices et d’adopter une position attentiste.
