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EUR/USD : le dollar pris entre deux feux

La paire EUR/USD a entamé la nouvelle semaine de trading dans la zone des 1,16, quasiment au niveau du cours de clôture de vendredi. Ce comportement de la paire traduit l’indécision à la fois des acheteurs et des vendeurs. Les acheteurs n’ont pas réussi à revenir aux sommets de la semaine dernière, ce qui signifie que la résistance à 1,1700 – 1,1710 (la borne supérieure des Bollinger Bands sur l’unité de temps D1) reste intacte, tandis que les vendeurs n’ont pas réussi à faire entrer la paire dans la zone basse des 1,15.

EUR/USD : le dollar pris entre deux feux

Dans l’ensemble, les traders ont adopté une approche attentiste, dans l’attente des principaux catalyseurs d’information de la semaine. Cette situation tient en grande partie au fait que le dollar se retrouve, pour ainsi dire, pris entre deux feux : d’un côté, de fortes révisions des anticipations concernant la future politique de la Réserve fédérale (dans le sens d’un scénario « dovish »), et de l’autre, des tensions géopolitiques persistantes autour de l’Iran.

Le retour de la géopolitique : le dollar valeur refuge bénéficie d’un soutien de fond

L’agenda géopolitique reste un facteur clé de soutien au dollar dans le contexte des événements en cours. Washington a décidé de passer à une nouvelle phase de pression sur Téhéran. Dans les prochains jours, l’administration Trump pourrait annoncer des mesures économiques de grande ampleur contre l’Iran, qui ne se limiteront pas à de nouvelles sanctions visant Téhéran lui-même, mais incluront également une pression sur les pays et entreprises qui continuent de soutenir, de près ou de loin, l’économie iranienne. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a qualifié la campagne à venir de « plus grande pression économique coordonnée », ajoutant que les États-Unis « entrent dans la phase finale du conflit ».

En d’autres termes, Washington tente de déplacer sa confrontation avec l’Iran du terrain militaire vers un terrain exclusivement financier et économique. Dans le même temps, Téhéran maintient une position dure, ce qui paralyse le processus de négociation. De plus, l’Iran a déclaré être prêt à prendre des mesures de rétorsion, incluant la possibilité de limiter, voire de stopper complètement, les exportations de pétrole transitant par le détroit d’Ormuz. Cela accroît fortement le risque d’un nouveau cycle de tensions géopolitiques et d’un nouveau pic des prix du pétrole (avec toutes les conséquences inflationnistes qui en découlent).

Sur le marché des changes, les tensions géopolitiques persistantes génèrent une demande supplémentaire de dollars en tant qu’actif refuge. En période d’aversion accrue pour le risque, les investisseurs se tournent traditionnellement vers la devise américaine. Toutefois, cet élément des « fondamentaux » apparaît extrêmement fragile. Premièrement, l’escalade actuelle se déroule principalement sur les plans économique et diplomatique, plutôt que sous la forme d’une nouvelle confrontation militaire d’ampleur. Or ce type de confrontation diffère fondamentalement des conflits armés, dans la mesure où il ne s’accompagne pas de conséquences irréversibles telles que des pertes humaines ou des destructions. Ainsi, si la volonté politique est au rendez-vous, les parties peuvent relativement rapidement désamorcer les tensions et revenir à la voie diplomatique.

Cela nous amène à notre deuxième point. L’histoire même du bras de fer entre Washington et Téhéran montre à quel point une rhétorique dure peut rapidement laisser place à des tentatives de négociation. De plus, ce va-et-vient est réciproque. Début août, Bessent se déclarait ouvert à un accord sur l’ouverture du détroit d’Ormuz, et des intermédiaires faisaient état de progrès dans les contacts informels. Puis Washington a annoncé son « Day D » économique à l’égard de l’Iran. La situation pourrait tout aussi bien s’inverser rapidement.

Tout cela indique qu’ouvrir des positions vendeuses sur la paire EUR/USD en se fondant uniquement sur la persistance du facteur moyen-oriental est actuellement très risqué.

Réserve fédérale vs Banque centrale européenne : les « fondamentaux » s’orientent progressivement en faveur de l’euro

Un facteur bien plus stable de soutien à la paire EUR/USD reste la divergence des anticipations quant aux prochaines actions de la Fed et de la BCE. Les attentes « hawkish » concernant la poursuite du resserrement par la Fed se sont nettement affaiblies après la publication de faibles Nonfarm Payrolls de juillet, qui ont fait état d’une perte de 23 000 emplois, alors qu’un gain de 85 000 était attendu. Les révisions cumulées des données de mai et juin se sont élevées à -103 000 emplois. Le taux de chômage est tombé à 4,1 %, mais dans un contexte de baisse du taux de participation à la population active.

De nouveaux signes de refroidissement du marché du travail américain exerceront une pression supplémentaire (et assez significative) sur le dollar. Dans ce contexte, la journée de vendredi à venir sera particulièrement importante pour l’EUR/USD, car le BLS doit publier la révision préliminaire de référence de l’emploi. Il ne s’agit pas d’un ajustement mensuel classique : les estimations publiées précédemment seront comparées à des données administratives plus précises et plus complètes sur l’assurance‑chômage, ce qui permettra d’évaluer dans quelle mesure les premières estimations de l’emploi étaient proches de la dynamique réelle du marché du travail.

Les faibles Nonfarm Payrolls de juillet ont déjà remis en question la nécessité de durcir la DCP, et la révision de vendredi pourrait renforcer considérablement cet effet. Si la révision montre que le marché du travail a été surévalué, cela apporterait un argument supplémentaire contre une hausse des taux d’intérêt de la Fed.

À l’opposé, la situation est presque inversée du côté de la BCE, où les anticipations « hawkish » ne cessent de se renforcer. L’inflation en zone euro a accéléré à 2,9 % en juillet, le taux sous‑jacent est monté à 2,5 %, et l’inflation des services a atteint 3,3 %. Parallèlement, l’économie européenne montre des signes de reprise : l’indice PMI composite de la zone euro a grimpé à un plus haut depuis 2026, et le PMI manufacturier a atteint 52,8 (son plus haut niveau depuis 54 mois). Le marché intègre ainsi de plus en plus la probabilité d’une hausse du taux de la BCE à 2,5 % en septembre. Selon un sondage Reuters, 83 % des économistes s’attendent à ce que la banque centrale prenne cette mesure d’ici le début de l’automne.

Conclusions

« À l’heure actuelle », le facteur géopolitique exerce une pression sur l’EUR/USD, soutenant la demande pour le dollar en tant que valeur refuge. Toutefois, ce soutien semble conjoncturel, alors que la divergence potentielle des anticipations entre la Fed et la BCE présente un caractère beaucoup plus fondamental (à tous égards) et durable. Si la révision à venir du marché du travail américain confirme un refroidissement supplémentaire de l’emploi et que l’inflation ainsi que l’activité économique en Europe continuent de progresser, la marge de manœuvre de la BCE pour resserrer sa politique se trouvera élargie. Dans le même temps, la probabilité d’une hausse de taux par la Fed se réduira.

Par conséquent, l’actuel mouvement baissier de l’EUR/USD peut être perçu comme une opportunité d’ouvrir des positions longues – avec pour premier et, à ce stade, unique objectif 1,1700 (la borne supérieure des Bandes de Bollinger sur le graphique journalier).

*L'analyse de marché présentée est de nature informative et n'est pas une incitation à effectuer une transaction
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